05.02.2009

Où implanter le nouveau musée de l'histoire de France ??

L'annonce par le Président de la République de la création d'un musée de l'histoire de France faisait suite, un peu tardivement, à la publication d'un rapport sur la question.

Les réactions à cette annonce sont un peu décevante, à l'image de cet article du Point, lequel pose la question de fond (un musée de l'histoire de France, pour quoi faire ?) sans esquisser de réponse mais préfére se focaliser sur le fait qu'existent déjà, sous ce nom, deux musées fort respectables, l'un relevant du château de Versailles, l'autre des Archives nationales. L'un comme l'autre semblent avoir mis sur pied, ces dernières années, une stratégie dynamique visant à ranimer des institutions déjà vénérables et pourraient s'inquiéter de cette concurrence.

Comme le rapporte Le Point, le rédacteur du rapport proposait d'adosser le nouveau musée aux Invalides : refus poli du directeur du musée de l'armée qui renvoie la balle à Versailles, qui décline également. Mais les Archives de France seraient intéressées et proposeraient de l'installer à l'hôtel de Soubise (de s'annexer le projet, quoi ! Ils ont raison, pourquoi éparpiller les moyens ?). Les noms d'autres sites circulent : pourquoi pas l'hôtel de la Monnaie ou le château de Vincennes ?

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26.11.2008

Rapport parlementaire sur les questions mémorielles

La mission d’information qu'avait constitué l'Assemblée nationale sur les questions mémorielles, et qui devait "définir le rôle et les compétences de l’État, et plus encore de la loi, dans la promotion du devoir de mémoire" a rendu son rapport, lequel a moins fait parler de lui que le rapport Kaspi.

"Quelle est la place du Parlement et singulièrement de la loi dans le domaine de l'histoire et de la transmission de la mémoire ? C'est plus particulièrement à cette question que tente de répondre la mission d'information de l'Assemblée nationale dans le présent rapport. Elle s'intéresse tout d'abord aux lois mémorielles qui, si elles datent du début des années 1990, s'inscrivent dans une tradition commémorative engagée dès la Révolution (loi du 13 juillet 1990 tendant à réprimer tout acte raciste, antisémite ou xénophobe, loi du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien, loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité, loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des rapatriés) ainsi qu'au devoir de mémoire dans tous ses aspects. Elle présente dans un second temps ses préconisations sur le traitement des questions mémorielles par les pouvoirs publics. Ces propositions s'organisent autour de quatre thèmes : l'expression du Parlement sur le passé, le rôle de la politique de commémorations, l'enseignement de l'histoire dans le primaire et le secondaire et, enfin, la dimension européenne des problématiques abordées par la mission."

Pas vraiment eu le temps de le lire, à noter toutefois, au titre II "les clefs d'une politique rassemblant la nation autour d'une mémoire partagée", quelques propositions pour "créer un environnement favorable à la recherche historique", parmi lesquelles "améliorer l'accès aux archives" :

"Sans être la source exclusive de la recherche historique, les archives en demeurent la source principale. De manière constante depuis la Révolution, le Parlement a compétence pour fixer les règles applicables aux archives publiques, compétence qu’il vient d’exercer en adoptant la loi du 15 juillet 2008 relative aux archives ainsi que la loi organique du 15 juillet 2008 relative aux archives du Conseil constitutionnel. La mission ne souhaite évidemment pas revenir sur des dispositions si récemment votées. En revanche, dans leur mission de contrôle du Gouvernement et d’évaluation des politiques publiques, les parlementaires sont fondés à vérifier que les règles fixées dans la loi s’appliquent effectivement, qu’il s’agisse de la collecte, de la conservation ou de la valorisation des archives.

Le premier pas consiste à travailler pour les générations à venir par la collecte des archives, sous toutes leurs formes, à tous les niveaux de production. Les fonds d’archives ne sont jamais exhaustifs, ils ne font que rassembler ce qui a échappé aux destructions. En veillant à ce que soit assurée une collecte convenable des archives publiques dans l’ensemble des administrations nationales et des collectivités locales, en apportant une formation adéquate aux personnels chargés de la collecte, en soutenant l’acquisition d’archives privées, les responsables politiques élargiraient le champ de la recherche historique future. Ils peuvent d’ailleurs donner l’exemple, en versant leurs propres archives d’hommes politiques dans le cadre de protocoles aux contours définis par la loi.

En outre, il importe de veiller à la mise en œuvre effective des nouvelles dispositions pénalisant le détournement d’archive publique ainsi que le vol, la destruction et la dégradation de biens culturels (art 311-4-2 et 322-3-1 du Code pénal). Après des années de relative indifférence, l’arsenal répressif a été considérablement durci, ce qui peut permettre d’éviter des pertes irréparables dans le patrimoine archivistique. Toutefois, ces nouvelles dispositions ne seront pas dissuasives si elles demeurent lettre morte.

S’agissant de la conservation et de la communication des archives, les parlementaires ont aussi leur mot à dire. Le principe de communicabilité immédiate des archives publiques comporte de nombreuses exceptions légales, mais il est possible à l’administration en charge des archives, après accord de l’autorité dont émanent les documents, d’accorder des dérogations qui peuvent être individuelles ou générales. Afin d’éviter que cette faculté prenne un tour discrétionnaire, ou qu’une excessive prudence des administrations se solde par une incommunicabilité de fait, il ne paraît pas anormal que les parlementaires se montrent vigilants, soit en appuyant préventivement les demandes des chercheurs par un courrier, soit en questionnant le Gouvernement sur les raisons d’un éventuel refus.

La communication des archives, en outre, n’est pas seulement un problème juridique. Au plan matériel, il importe d’éviter que les principaux centres d’archives se trouvent en travaux en même temps. L’accueil des chercheurs doit intégrer une réflexion sur l’hébergement de ceux qui viennent de loin et n’ont pas de gros moyens financiers, en particulier des étudiants étrangers dont le regard sur nos archives est précieux.

La puissance publique a également la possibilité de démontrer son intérêt pour certains domaines d’étude en définissant des priorités dans la numérisation des documents, ceux-ci se trouvant en accès libre en ligne. De même, il est possible de simplifier grandement la tâche des chercheurs par la constitution d’instruments de recherche, de guides des sources, ainsi que par la mise en ligne d’inventaires virtuels permettant de consulter à distance ces instruments de recherche. L’actualisation vigilante et régulière de tels outils constituerait même un excellent moyen de surmonter l’émiettement des archives publiques en France.

Quant à la valorisation des archives, c’est-à-dire leur utilisation en direction du public, elle comporte une dimension pédagogique de nature à renforcer la promotion du devoir de mémoire. Plusieurs personnalités auditionnées ont souligné l’intérêt d’initier les jeunes aux archives pour leur donner le goût de l’histoire : alors que la notion abstraite de « document » ne peut guère mobiliser l’attention d’un élève, l’observation d’une « trace » authentique suscitera plus facilement sa curiosité. Si les archives publiques doivent être correctement conservées, cela ne signifie donc pas qu’elles doivent demeurer invisibles et enfermées. La tenue d’expositions, l’édition de livres illustrés ou de fac-similés sont de nature à créer un lien affectif entre les Français et le trésor de leurs archives."

 

19:59 Publié dans Archives | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mémoire, histoire, législation |

18.05.2008

La mission parlementaire d'information sur les questions mémorielles

L'Assemblée nationale a constituée une mission d’information sur les questions mémorielles, qui doit "définir le rôle et les compétences de l’État, et plus encore de la loi, dans la promotion du devoir de mémoire".

La mission, composée de 33 membres et placée sous la présidence M. Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, se réunit tous les 15 jours depuis le 2 avril et pense conclure ses travaux dans la première quinzaine de novembre, au moment de la célébration du 90e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918.

Au centre de la problématique, se trouvent bien évidemment les "lois mémorielles" (loi Gayssot du 13 juillet 1990, loi du 29 janvier 2001 sur le génocide des Arméniens, loi Taubira du 21 mai 2001 sur la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité, loi du 23 février 2005 sur la présence française outre-mer). On trouve d'ailleurs parmi les membres de la mission deux parlementaires impliqués dans la rédaction de ces lois, Christine Taubira d'une part, et Christian Vanneste d'autre part, rédacteur du fameux alinéa  de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 (lequel, lors des auditions, passe son temps à se justifier tout en citant Paul Ricoeur).

La mission en est à l'audition de personnalités susceptibles de l'éclairer. Ont ainsi été entendus : Jean Favier, Pierre Nora et Marc Ferro. Les comptes rendus sont en ligne. Les auditions de Pierre Nora, président de l'association Liberté pour l'histoire, opposée aux "lois mémorielles", et de Marc Ferro valent d'être lues.

Ajout : et, en plus, on peut même visionner les auditions

Dans le même registre, signalons que le secrétaire d'Etat à la défense chargé des anciens combattants a créé une commission pour réfléchir à l'avenir et à la modernisation des commémorations et célébrations publiques. Présidée par André Kaspi, elle doit rendre ses conclusions à la fin du premier semestre 2008.

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26.02.2008

Le musée de l'histoire civile et militaire de la France : un projet présidentiel

La France a-t-elle une âme ? C'est à répondre (positivement, bien sûr) à cette intéressante question que devrait se consacrer le futur musée de l'histoire civile et militaire de la France, d'après le rapport que le ministre de la défense et celui de la culture, qui en sont les commanditaires, viennent de rendre public. La problématique apparaît moins étonnante quand on sait que ce projet répond aux voeux présidentiels.

L'introduction et surtout le premier chapitre ("Clio, la muse préférée des Français est malade ; la France souffre de son histoire" - il y aurait sans doute beaucoup à gloser sur ce registre doloriste qui renvoie à une "actuelle crise identitaire du pays"-) s'emploient à déminer, avec quelque courtisanerie (ce qu'a dit le Président et comment cela s'inscrit dans une tradition historigraphique qui va de Michelet à Braudel, en passant par Renan, Péguy, Jaurès, Camus et Marc Bloch, mais aussi Max Gallo) mais non sans finesse, un terrain dangereux. L'auteur croit avoir beau jeu en dénonçant l'utilisation de la mémoire, des mémoires, et même (quelle audace) l'encouragement et l'utilisation qu'en ont fait les politiques. A ces mémoires, proies des groupes et des communautés, il oppose la scientificité de l'histoire, laquelle ne saurait avoir pour objet que la France (l'Etat, la Nation, on ne sait trop). Mais, attention, sur cette histoire, il n'est pas question de tenir un discours officiel, bien au contraire puisqu'il s'agit de dégager le socle des faits indubitables, des connaissances avérées sur lesquelles on laissera s'épanouir les mille fleurs du débat historique. Les intentions sont tellement pures, d'ailleurs, qu'on est prêt à donner des gages aux trublions qui ont manifesté leur opposition aux lois mémorielles en signant le manfeste "Liberté pour l'histoire" et à souscrire au cadre déontologique ainsi dessiné : l'histoire n'est ni une religion, ni une morale. Elle n'est pas esclave de l'actualité, elle n'est pas la mémoire, ni un objet juridique. D'ailleurs, promis-juré, tout le programme sera validé par un comité scientifique à la composition irréprochable.

Bon, d'accord, mais c'est quoi une histoire qui se laisse imposer sa problématique ("Oui, la France a une âme") ? Au fait, ça sert à quoi, l'identité nationale ?

 

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