18.07.2008

Indicateurs, évaluation, metrics

Un groupe de travail s’est constitué au sein de la section Archives départementales de l’association des archivistes français, afin de définir des indicateurs de référence répartis en 11 domaines d’activités représentatifs, en vue des prochaines RASAD "Chiffrer et évaluer les archives" (janvier-février 2009).


Dans un contexte marqué, en France, par la Lolf et la RGPP, mais plus généralement par un mouvement de rationalisation parti du secteur économique et qui gagne peu à peu tous les secteurs d’activités, les archivistes s’engagent, en France comme ailleurs (voir le projet «developing archival metrics », engagé depuis 2004 sous les auspices de l’université du Michigan), sur le chemin qu’ont suivi avant eux les bibliothécaires. Dès 1974, les statistiques des bibliothèques ont été normalisées (ISO 2789, qui a connu plusieurs versions depuis 1974). En 1998, ce sont les indicateurs de performance des bibliothèques qui ont fait l’objet d’une norme (ISO 11620, pour en connaître le contenu voir aussi un article de Pierre Carbone paru en 1998 dans le BBF), actuellement en cours de révision et dont une nouvelle version devrait voir le jour à la fin 2008, complétée en 2003 par une norme propre aux services électroniques (ISO/TR 20983). L’évaluation en bibliothèque a fait récemment l’objet d’un numéro du BBF (où l’on voit qu’il ne suffit pas de disposer de normes pour surmonter toutes les difficultés !). Voir aussi les pratiques de la BNF en la matière (document Pdf)

 

Y a pas à dire, il est certain que les services d’archives ont du chemin à faire dans ce domaine. Certes, la collecte annuelle par la DAF de données à même de lui permettre d’évaluer l’activité du « réseau » a donné à nombre de services (au-delà du fameux réseau) l’habitude de comptabiliser mètres linéaires (conservés, collectés…), personnel, budget, nombre de lecteurs et de communications, etc. Mais les difficultés qu’a rencontrées l’audit de modernisation de l’archivage (pour évaluer notamment le coût, en argent comme en équivalent temps plein, de l’archivage intermédiaire), et le fait que la première recommandation de cet audit consiste en  la définition à très court terme d’objectifs et d’indicateurs de performance, montrent bien les limites des pratiques existantes, qui résident essentiellement dans le fait que devant nombre de chiffres, on a envie de dire « et, alors ? ».
On notera cependant l’émergence d’expériences intéressantes, qui voient des services d’archives (service d’archives du Sénat, l’INA, dans le cadre du contrat de plan qu’il a conclu avec l’Etat) articuler étroitement une stratégie, des objectifs et des indicateurs. C’est cette articulation qui donne leur sens aux indicateurs de performance, qui cherchent à restituer trois dimensions :
-    Mesurer l’efficacité socio-économique, répondant aux attentes des citoyens et traduisant la recherche de l'intérêt général.
-    Mesurer la qualité de service intéressant l'usager (performance)
-    Mesurer l’efficience de la gestion concernant le contribuable et se rapportant à la productivité.


A la lumière de tout cela, je dois dire que je ne suis pas très convaincue par la façon dont le groupe de travail « chiffrer et évaluer les archives » présente sa démarche. La répartition par « domaines d’activités » se fait au détriment de  la notion d’objectifs (et sans objectif, pas d’évaluation possible). Par exemple, un objectif potentiel tel que « conserver les archives dans les meilleures conditions possibles » mettrait en jeu une batterie d’indicateurs de diverses provenances : conditionnement, bâtiments,  restauration et reliure.
Mieux vaudrait distinguer :

- le « chiffrage », consistant dans le recensement de données permettant de se situer par rapport à d’autres services d’archives, de traduire l’activité du service, et de construire les indicateurs de performance,

- de « l’évaluation », consistant en la formulation d’objectifs et des indicateurs de performance qui leur seraient associés. A ce titre, le rapport Greene-Meissner sur le traitement des archives et les passages qu’il consacre aux « metrics » est assez éclairant sur l’usage que l’on peut faire des indicateurs.


Après, dans le détail, il y a quand même des indicateurs qui me laissent sceptiques : la superficie habitable du logement de fonction (c’est pour mesurer l’attractivité du poste ?), la production annuelle (d’archives, je suppose) par fonctionnaire, le fait qu’il n’y ait rien de prévu sur les services à distance….