06.06.2008

Table ronde "Comment exposer la photographie ?"

Intéressée par la polémique autour de l'exposition Zucca (voir mon précédent billet sur le sujet), j'ai voulu assister à l'une des conférences organisées par la BHVP (ou par la municipalité) pour la désamorcer et la "positiver", intitulée "comment exposer la photographie ?".

J'ai surtout appris comment NE PAS organiser une table ronde ! Cela se déroulait dans la grande salle de lecture toute en longueur de la BHVP, au charme certain mais dont les lourdes et larges tables ne peuvent être bougées et qui ne dispose pas d'estrade. Je pense que plus de la moitié des 80 à 90 personnes présentes ne pouvaient voir les intervenants, lesquels ne semblaient pas s'en rendre compte. Deux heures à regarder la nuque de mon voisin de devant en essayant de deviner qui parlait ! Cette installation hâtivement mise en place après le départ du dernier lecteur, cela vous avait un côté "la vieille dame fait ce qu'elle peut avec ce qu'elle a" et, en repensant à la pauvreté de l'espace d'exposition, je me suis demandée si le ratage de l'exposition Zucca ne venait pas en partie de la position de la BHVP dans le champ des institutions culturelles parisiennes. Petite maison familiale, s'accommodant si bien de ses limites qu'elle ne les voit plus, sachant que personne ne l'attend sur rien et visant au mieux un succès d'estime : ça peut vous forger en quelques années seulement des esprits ne sachant plus voir que par le petit bout de la lorgnette et incapables de détecter les enjeux. 

Pour en revenir au débat,  le contenu des interventions était assez inégal, et je ne suis pas sûre d'avoir appris grand chose. Virginie Chardin, qui fut commissaire de l'exposition "Paris en couleurs" où furent présentés des photographies en couleurs de Paris sous l'Occupation, dont quelques Zucca, a présenté l'ensemble de la démarche qu'elle a mise en oeuvre pour présenter ces photos dont elle a tout de suite compris qu'elle ne pouvait les présenter de la même manière que celles des périodes précédentes et postérieures (la présentation était chronologique). Cela s'est traduit par un dispositif scénographique particulier (projection des images dans un espace dédié, plongé dans le noir et le silence, avec avertissement préalable). Les autres intervenants ont abandonné ce parti-pris très concret (comment je m'y suis pris pour), deux d'entre eux se sont du coup noyés dans des généralités frisant la banalité. Les propos de Daniel Girardin, commissaire de l'exposition "Controverses" qui vient de s'achever à Lausanne, laquelle retrace l'histoire des controverses dans la photographie, avaient plus de flamboyance mais sont restés eux-aussi très généraux : il faut un point de vue (mieux vaut assumer, voire créer la polémique qe la subir), une connaissance de la photographie qui ne se limite pas à une connaissance de la technique photographique ("moins on a de connaissance de la photographie, plus on parle de technique"), une connaissance du contexte. Il faut savoir conserver sa liberté d'expression (par rapport aux sponsors notamment, mais aussi par rapport aux photographes exposés ou à leurs familles).

 

20.05.2008

Comment exposer la photographie ?

Actualités de la recherche en histoire visuelle, publication en ligne de l'Ecole des hautes études en sciences sociales, consacre (au moins) deux articles à l'exposition Zucca (Les Parisiens sous l'Occupation, devenue des Parisiens sous l'Occupation) et à la polémique qu'elle a suscité.  Audrey Leblanc y retrace la "chronologie de la polémique autour de l’exposition "Les Parisiens sous l’occupation" des photographies couleur d’André Zucca (1897-1973), du 20 mars au 1er juillet 2008 à la Bibliothèque Historique de la Ville de Paris (BHVP)" et André Gunthert y esquisse ce qu'aurait pu être une véritable mise en perspective de ces images.

A compléter par la lecture, sur le blog des étudiants du laboratoire d'histoire visuelle contemporaine, d'un article d'Audrey Leblanc (même auteur que la chrono).

Suite à la polémique et pour renforcer l'accompagnement de l'exposition, la BHVP organise un cycle de rencontres, parmi lesquelles :

Jeudi 29 mai à 19 h : Comment exposer la photographie ?
Rencontre animée par André GUNTHERT, chercheur, maître de conférences à l’EHESS.

Intervenants :
Quentin BAJAC, directeur du département photographique du Musée National d’Art Moderne de Beaubourg, commissaire de nombreuses expositions photographiques.

Virginie CHARDIN, commissaire d’expositions photographiques, auteur., directeur de la Maison Européenne de la Photographie.

Daniel GIRARDIN, commissaire de l’exposition «  Controverses » présentée jusqu’au 1er juin 2008 au Musée de l’Elysée à Lausanne (Suisse).

Jean- Luc MONTEROSSO, directeur de la Maison Européenne de la Photographie.

 

 

 

18.05.2008

La mission parlementaire d'information sur les questions mémorielles

L'Assemblée nationale a constituée une mission d’information sur les questions mémorielles, qui doit "définir le rôle et les compétences de l’État, et plus encore de la loi, dans la promotion du devoir de mémoire".

La mission, composée de 33 membres et placée sous la présidence M. Bernard Accoyer, président de l’Assemblée nationale, se réunit tous les 15 jours depuis le 2 avril et pense conclure ses travaux dans la première quinzaine de novembre, au moment de la célébration du 90e anniversaire de l'armistice du 11 novembre 1918.

Au centre de la problématique, se trouvent bien évidemment les "lois mémorielles" (loi Gayssot du 13 juillet 1990, loi du 29 janvier 2001 sur le génocide des Arméniens, loi Taubira du 21 mai 2001 sur la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité, loi du 23 février 2005 sur la présence française outre-mer). On trouve d'ailleurs parmi les membres de la mission deux parlementaires impliqués dans la rédaction de ces lois, Christine Taubira d'une part, et Christian Vanneste d'autre part, rédacteur du fameux alinéa  de l'article 4 de la loi du 23 février 2005 (lequel, lors des auditions, passe son temps à se justifier tout en citant Paul Ricoeur).

La mission en est à l'audition de personnalités susceptibles de l'éclairer. Ont ainsi été entendus : Jean Favier, Pierre Nora et Marc Ferro. Les comptes rendus sont en ligne. Les auditions de Pierre Nora, président de l'association Liberté pour l'histoire, opposée aux "lois mémorielles", et de Marc Ferro valent d'être lues.

Ajout : et, en plus, on peut même visionner les auditions

Dans le même registre, signalons que le secrétaire d'Etat à la défense chargé des anciens combattants a créé une commission pour réfléchir à l'avenir et à la modernisation des commémorations et célébrations publiques. Présidée par André Kaspi, elle doit rendre ses conclusions à la fin du premier semestre 2008.

26.02.2008

Le musée de l'histoire civile et militaire de la France : un projet présidentiel

La France a-t-elle une âme ? C'est à répondre (positivement, bien sûr) à cette intéressante question que devrait se consacrer le futur musée de l'histoire civile et militaire de la France, d'après le rapport que le ministre de la défense et celui de la culture, qui en sont les commanditaires, viennent de rendre public. La problématique apparaît moins étonnante quand on sait que ce projet répond aux voeux présidentiels.

L'introduction et surtout le premier chapitre ("Clio, la muse préférée des Français est malade ; la France souffre de son histoire" - il y aurait sans doute beaucoup à gloser sur ce registre doloriste qui renvoie à une "actuelle crise identitaire du pays"-) s'emploient à déminer, avec quelque courtisanerie (ce qu'a dit le Président et comment cela s'inscrit dans une tradition historigraphique qui va de Michelet à Braudel, en passant par Renan, Péguy, Jaurès, Camus et Marc Bloch, mais aussi Max Gallo) mais non sans finesse, un terrain dangereux. L'auteur croit avoir beau jeu en dénonçant l'utilisation de la mémoire, des mémoires, et même (quelle audace) l'encouragement et l'utilisation qu'en ont fait les politiques. A ces mémoires, proies des groupes et des communautés, il oppose la scientificité de l'histoire, laquelle ne saurait avoir pour objet que la France (l'Etat, la Nation, on ne sait trop). Mais, attention, sur cette histoire, il n'est pas question de tenir un discours officiel, bien au contraire puisqu'il s'agit de dégager le socle des faits indubitables, des connaissances avérées sur lesquelles on laissera s'épanouir les mille fleurs du débat historique. Les intentions sont tellement pures, d'ailleurs, qu'on est prêt à donner des gages aux trublions qui ont manifesté leur opposition aux lois mémorielles en signant le manfeste "Liberté pour l'histoire" et à souscrire au cadre déontologique ainsi dessiné : l'histoire n'est ni une religion, ni une morale. Elle n'est pas esclave de l'actualité, elle n'est pas la mémoire, ni un objet juridique. D'ailleurs, promis-juré, tout le programme sera validé par un comité scientifique à la composition irréprochable.

Bon, d'accord, mais c'est quoi une histoire qui se laisse imposer sa problématique ("Oui, la France a une âme") ? Au fait, ça sert à quoi, l'identité nationale ?

 

31.01.2008

Journées du patrimoine 2008 : le ministère de la culture se met au web 2.0

Pour les journées du patrimoine 2008, il se dit que le ministère de la culture concocte un projet qui permettrait aux internautes de partager sur son site leurs photos. Photos de l'évènement, d'éléments du patrimoine, de chefs-d'oeuvre en péril ? Je ne sais pas, il faudra attendre septembre pour savoir s'il s'agit d'un plan com' surfant sur la vague 2.0 ou d'un véritable projet collaboratif créateur de sens.

Allez, au vu du cahier des charges, où on apprend au passage les thème des journées 2008 (patrimoine et création, ouf, pour une fois j'ai quelques mois d'avance) je parie pour un pur plan com'! Voir le lot n°2, développement et création d'outils multimédias. Le prestataire retenu devra assurer le développement technique du site web, outil principal d'information, en développant l'interactivité, c'est-à-dire "l’envoi des cartes postales électroniques, une actualité hebdomadaire en ligne sur la home page, la possibilité de concevoir son programme personnalisé, le téléchargement du visuel national.."[J'aime bien les points de suspension, on sent un discret appel du genre si vous avez de meilleures idées, n'hésitez pas]. Comme en plus, "l’agence retenue devra également prévoir une photothèque", l'idée à dû finir par jaillir du rapprochement des deux desiderata. Mais on apprend également que le ministère de la culture compte sur son prestataire pour investir les sites phares du web 2.0 : "le prestataire devra également prévoir la création et la diffusion d’outils
multimédia originaux créés pour l’opération sur le site mais aussi pour d’autres canaux de diffusion (autres sites type Face book, daily motion ou myspace, blogs, emailing afin notamment d’en améliorer la visibilité particulièrement auprès du public jeune)." Ouahhhh, ça va décoiffer, hein ?

27.12.2007

Evaluation des sites internets culturels

En guise de suite au billet dans lequel je m'amusais à évaluer les sites internet des AD selon une grille assez simplette réalisée très vite et par mes soins, voici un véritable guide d'évaluation des sites internets culturels :

Principes de qualité des sites Internet culturels : guide pratique : Identification des besoins des utilisateurs, des contenus et des critères de qualité pour les sites Internet culturels / publié par le groupe de travail 5 de Minerva, 2005.

Extrait de l'introduction :

"Ce document examine et commente les dix « principes de qualité » publiés par le projet Minerva (...). Les dix principes de qualité sont destinés aux sites Internet culturels des musées, bibliothèques, services d’archives et autres établissements
culturels (...).

Un site internet de qualité doit être : identifiable ● pertinent ● maintenu ● accessible  orienté utilisateur ● réactif ● multilingue ●  interopérable ● respectueux des droits ● pérenne".

 

 

03.12.2007

Flickr : y aller pour faire quoi ?

Quelques institutions patrimoniales sur Flickr, où l'on trouve même un groupe dédié aux archives (archives & archivists on flickr). Avec ses 16 membres, il fait piètre figure à côté de celui consacré aux bibliothèques (Libraries and Librarians), fort de plus de 1000 membres. Les musées aussi sont sur flickr, et notamment le musée du quai Branly, lequel décline d'ailleurs sur plusieurs sites du web social (c'est comme ça qu'on dit, je crois) des compléments à son site officiel, comme nous l'apprend un post du blog Des bibliothèques 2.0. On le trouve notamment sur MySpace, où il a rejoint le Centre Pompidou (qui compte plus de 4000 amis sur MySpace) et plein de musées américains (on les repère facilement, ils sont tous amis du centre Georges Pompidou).

Sur les comptes Flickr archives ou bibliothèques, on trouve beaucoup, beaucoup de photos prises à l'occasion de galas, d'animations, de fêtes diverses...  Des documents d'archives aussi, mais comme les institutions représentées sont le plus souvent des bibliothèques universitaires, les archives consistent essentiellement en vieilles photos de promotions, de galas, de compétitions sportives.. Vu de France, ça fait vite bailler et, manifestement, cela ne déclenche guère l'intérêt des foules (flickr indique le nombre de fois où les photos ont été vues). A noter quand même, l'idée de la Monroe County Public Library, qui met en ligne une collection de plus de 500 laissez-passer établis pendant la Seconde Guerre mondiale, avec appels à commentaires et corrections, mais cela ne semble guère avoir trouvé d'écho ("l'utilisateur ne vient pas par hasard", une des 15 règles d'or établies par le blog Marketing et innovation pour le web 2.0).

Beaucoup plus intéressant est le projet PhotosNormandie, qui n'est porté ni par un centre d'archives, ni par une bibliothèque. A l'origine de ce projet, plus de 2000 images en provenance des collections des Archives Nationales Américaines, des Archives Nationales du Canada, de l'Imperial War Museum de Grande-Bretagne, ou appartenant à des personnes privés, toutes réunies et présentées sur Archives Normandie 1939-1945, puis sur Flickr afin de profiter des possiblités collaboratives qu'offre le site pour compléter et réviser les légendes. " Du 30 janvier au 30 octobre 2007, 2738 légendes ont été complétées, corrigées et mises à jour [certaines photos ont été corrigées plusieurs fois...]."

 

 


 

15.11.2007

Nous sommes la machine, nous sommes le réseau

La vidéo "web 2.0 : the machine is us" ou comment xml devrait nous amener à repenser le monde. Vidéo réalisée par Michael Wesch, traduite par dascritch.net, et sous-titrée par thomasberthelon.com. Pour en savoir plus, sur l'auteur, son but, sa production, le contexte dans lequel elle se situe et les questions qu'elle suscite, voir (entre autres) Precisement.org, le blog d'un documentaliste juridique.

 

18.10.2007

J'aime ADELE et son domaine fonctionnel transverse

Parfois, la fonctionnaire que je suis en a assez de travailler dans un environnement technologique parfaitement inadapté (pas de possibilité de travail collaboratif sur le réseau interne, accès à internet chichement distribué sur des postes dédiés qui se trouvent être de vieux rossignols poussifs, impossibilité d'avoir la dernière version d'internet explorer ou d'installer firefox parce que l'utilisateur n'a rien le droit d'installer et que le service informatique n'a pas le temps de se déplacer pour des bricoles..). Alors, je vais sur Synergies, "espace dédié à l’échange de pratiques entre les agents engagés dans la mise en œuvre de l’administration électronique". C'est la vitrine d'ADELE, programme gouvernemental pour l'administration électronique.

Ce programme, lancé en 2004, s'est transformé en 2006 en schéma directeur, basé sur trois objectifs  : simplifier la vie de l'usager, améliorer l'efficence du service public et valoriser l'agent (donc, moi) dans sa mission. Le schéma directeur fédère vingt initiatives réparties en 6 domaines. Le domaine que je prèfère, c'est le domaine "fonctionnel transverse", avec son initiative "travail collaboratif [travail collaboratif dont les vertus sont expliquées là] et gestion de contenu", dont l'objet est de "promouvoir au sein de l’administration l’utilisation pertinente des nouvelles technologies de travail collaboratif, de capitalisation sur les connaissances et de production, gestion et diffusion de contenu et documents électroniques". Fais vite, Adèle, avant que je ne passe au privé !

Mais le domaine "fonctionnel-transverse" inclut aussi l'initiative "archivage", dont l'objet est d'"assurer la conservation pérenne des informations numériques et garantir leur valeurs juridiques jusqu’au terme du délai durant lequel des droits y afférents peuvent exister". Et qui c'est qui s'y colle ? Ben, la direction des archives de France, avec son projet Pil@e.

L'archiviste que je suis note aussi l'existence de l'initative "accueil- gestion de la relation usager", pour améliorer le service rendu à l’usager en termes d’information, de présentation, de simplicité d’usage, de suivi et de qualité des services dématérialisés. Je me demande comment un service d'archives peut intégrer la démarche de façon intelligente (j'ai déjà relevé que les Archives nationales étaient présentes sur Administration24 sur 24, mais la vérité est que cela m'a paru plutôt gadget et peu pertinent pour notre public).

07.10.2007

S'approprier les nouvelles technologies..

Repérée par le blog Couv.en ill., cette vidéo norvégienne (doublée en français, n'ayez pas peur! ). Je ne résiste pas à l'envie de l"'enbedder" ici.