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21.04.2008

La loi sur les archives : 75 ou 50 ans ?

La polémique sur les dispositions du projet de loi sur les archives enfle, et c'est tant mieux. L'inquiétude des pétitionnaires est relayée par les medias (voir par exemple les articles de Rue 89 et du Monde. Voir aussi le site de l' AAF, qui consacre au sujet une page d'info où l'on trouve plusieurs liens vers les prises de postion des "acteurs de la mobilisation").

Ils m'agacent parfois un peu,  je dois dire, ces "acteurs de la mobilisation". Je trouvais déjà le texte de la pétition assez mal fagotté, mais la prise de position de de Vincent Duclert, dans le Monde du 16 avril, intitulé Alerte aux Libertés.. La nuit des archives me paraît surtout vainement grandiloquente. Je lui préfère de loin la sobriété de la brève du Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire, signée Sonia Combe, mais là encore, un raccourci trop rapide ("le projet de loi repousse de 15 ans encore l’accès aux archives de la guerre d’Algérie. Cette catégorie d’archives sera en effet soumise à un délai de 75 ans, alors que le délai actuel est de 60 ans") et une erreur d'inattention (contrairement à ce qu'elle affirme, L'article L 213-2-II ne crée pas une  catégorie d’archives incommunicables au nom de la « sécurité nationale ») nuisent à la crédibilité du propos.

Mais bon, n'empêche qu'ils ont bien raison de s'indigner des tripatouillages qu'ont fait subir les sénateurs au texte initial. Et les amendements proposés par la commission des lois de la chambre des députés ne régleront pas le problème, s'ils sont adoptés en l'état. En effet, si la commission des lois propose bien de revenir à un délai de 50 ans pour les documents portant atteinte à la vie privée, elle en reste à 75 (ou 25 ans après la date de décès) pour les documents "portant une appréciation ou un jugement de valeur sur une personne physique, nommément désignée ou facilement identifiable, ou faisant apparaître le comportement d’une personne dans des conditions susceptibles de lui porter préjudice". On en arrive ainsi exactement au même résultat, que le sénateur Yves Détraigne motivait ainsi :  "L'idée de remplacer systématiquement l'ancien délai de soixante-quinze ans (en fait ancien délai de 60 ans) par un de cinquante ans est séduisante, mais il est indispensable d'attendre soixante-quinze ans avant de communiquer certains documents qui peuvent porter atteinte à la vie privée. Par exemple, si cinquante ans peuvent paraître suffisants pour permettre l'ouverture des archives publiques sur les actions clandestines des activistes de l'OAS qui avaient 40 ou 50 ans à l'époque des faits, il n'en est pas de même pour les anciens activistes qui n'avaient alors que 20 ou 25 ans : les documents les concernant pourrait être divulgués de leur vivant ; d'où d'évidentes difficultés, pour eux et leur entourage" (voir compte-rendu de la séance du 8 janvier 2008).

Commentaires

relayée par les médias -> ils en parlaient aussi sur France Inter ce matin...

Ecrit par : Manue | 21.04.2008

Bonjour. A mon sens le problème est moins les tripatouillages que les sénateurs ont fait subir au texte initial, que le texte initial lui-même. Et il y a sans doute quelque chose d'un peu effrayant dans la facilité avec laquelle on aura réussi à faire signer à des centaines (!) de chercheurs une pétition qui était très exactement le... contraire de ce qu'il fallait écrire, et qui consistait à réclamer de gait la reconduction de la sinistre loi du 3 janvier 1979. Cordialement

Ecrit par : Luc Nemeth | 02.05.2008

Ce Duclert, déjà connu pour avoir été du côté de plus d'une turpitude (et avoir publié une biographie de Dreyfus qui prétendait faire jouer à la justice française un rôle qui ne fut pas le sien, et à ce pauvre capitaine un rôle qui hélas ne pouvait pas être le sien), ne fait que spéculer sur la crédulité du lecteur lorsqu'il écrit : "L'administration des archives a laissé faire, encouragée en cela par les différents gouvernements à l'exception de celui de Lionel Jospin, qui a réaffirmé à trois reprises le devoir de l'Etat de verser aux fins de communiquer, en conformité avec la loi de 1979 aujourd'hui vidée de son esprit libéral".

Pour ce qui est de "l'esprit libéral" de ladite loi : il n'y a pas lieu de répondre à ces puérilités. Même le public profane sait aujourd'hui que l'article 7 alinéa 5 de ladite loi, avec ses délais d'exception ("vie privée", "sûreté de l'Etat", "défense nationale") dont le principe vient d'être reconduit par la loi Albanel, visait à organiser le verrouillage des archives publiques -et ce , par le doublement systématique du délai légal de communicabilité.
Mais là où ce Duclert se livre à un tour de passe-passe inadmissible c'est qu'il évoque le devoir de VERSEMENT, qui aura été à trois reprises (on en tremble encore) réaffirmé par Jospin, alors que le lecteur de cet article est persuadé qu'il y est question de la COMMUNICATION au public.

Ecrit par : LN (suite) | 02.05.2008

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