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03.02.2008
Archives en ligne : 5 points à garder en tête
Le 25 janvier dernier, table ronde organisée dans le cadre des Rencontres 2008 du cinéma de patrimoine et des films restaurés et prix Henri Langlois (c'est peut-être un peu long, comme intitulé de manifestation, non ?). Trop d'intervenants, qui ont présenté leur institution et leur problématique en guise d'introduction à un échange qui n'a pas eu le temps d'avoir lieu, dommage. Seul Jean-Yves de Lépinay, qui intervenait avec la double casquette de directeur des programmes du Forum des images et membre du P.I.A.F (Professionnels des images et des archives de la francophonie, à ne pas confondre avec le Portail international archivistique francophone !), a su d'emblée poser un discours fort, récapitulant heureusement en 5 points des idées que je n'avais jusqu'ici vu surgir dans mon agrégateur que de façon dispersée. J'ai malheureusement perdu les notes que j'avais prises, mais voici ce dont je me souviens :
1- La numérisation n'est pas un moyen de préservation, mais de diffusion.
OK, mais au prix que cela coûte, mieux vaut penser à conserver les fichiers dans le long terme ! D'autre part, ne pas utiliser les originaux permet de les préserver (logique de substitution). Enfin, l'intervenant n'a pas vraiment dégagé les perspectives que permettent d'ouvrir ce constat (Voir le rapport de l'OCLC, Shifting gears : gearing up to get into the flow, dont j'ai déjà parlé dans un billet).
2- Ce qui est sur internet oblitère ce qui n'y se trouve pas.
OK, sauf si je ne néglige pas de mettre en ligne mes instruments de recherche (aussi sommaires soient-ils ?), même si les documents correspondants ne sont pas en ligne. Evidemment ce qui est décrit (en ligne ou pas) oblitère ce qui ne l'est pas, mais c'est une vieille problématique !
3- Une mise en ligne ne se conçoit pas sans documentarisation (= description, indexation), voire une redocumentarisation, longue et coûteuse.
OK, mais on part rarement de rien en la matière ! Tout le problème est de savoir si on se satisfait de l'existant, aussi imparfait soit-il, du moment qu'il permet un accès aux documents, ou si on s'astreint à le peaufiner afin de multiplier les accès et accroître la granularité de l'ensemble. Là encore, voir Shifting gears : gearing up to get into the flow.
4- Mise en ligne = fragmentation.
J'ai tout de suite acquiescé mentalement en pensant à mes propres stratégies de lecture sur internet (butinage, focalisation) et au fait qu'un coup de Google peut vous propulser au milieu d'une page du contexte de laquelle on ne connaît rien, mais Lépinay ne parlait pas de cela mais tout simplement des possibilités offertes à l'internaute de "sampler", mixer, "mashuper", voire redocumentariser lui-même les documents mis à sa disposition.
5- La mise en ligne oblige les "médiateurs", (médiateur entre le public et le document) au rang desquels se rangeait J.-Y. de Lépinay et au rang desquels je me range volontiers, à reconsidérer leur rôle. Une des voies s'ouvrant à eux consiste en l'animation de communautés visant à construire collaborativement un savoir, une redocumentarisation (voir mon post sur les usages de Flickr, qui mériterait d'être mis à jour quant à l'initiative de la Bibliothèque du Congrès qui vient de mettre, pour ceux qui l'ignoreraient encore, près de 3000 photos sur ce site, et pour les réfractaires, affordance vous explique en quoi c'est chouette).
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| Tags : numérisation, web 2.0 |
Commentaires
Bonjour,
Je tombe par hasard sur votre blog, et sur ce sympathique compte-rendu d'une table ronde à laquelle j'ai participé il y a plus d'un an, et dont vous rendez compte. Merci beaucoup pour ce billet, très intéressant !
J'ai cependant quelques remarques sur ce que vous dîtes, que je permets de vous exprimer rapidement, pour poursuivre avec vous des réflexions qui m'intéressent, vous vous en doutez, beaucoup, et que je me réjouis de voir qu'elles vous intéressent aussi.
Moi non plus, je n'ai plus mes notes de l'époque, mais autant que je me souvienne, le sujet n'était pas "la mise en ligne" mais "la numérisation", ce qui est assez différent.
Sur le premier point :
Bien sûr, il n'est pas question de ne pas tout faire pour conserver les fichiers numériques. Je voulais signaler qu'il y avait un vrai danger pour la conservation avec le développement de l'image numérique, pour tout un ensemble de raisons qui seraient longues à développer. Pour aller vite, et pour n'en citer qu'une : il n'existe aujourd'hui pas vraiment de supports de stockage de masse (compatibles avec les volumes correspondants à des fonds d'images animés importants) dont nous soyons certains de la fiabilité sur des durées longues - contrairement aux supports analogiques, pour lequel nous avons des assurances sur plus de 500 ans (support film photochimique de sécurité). De plus beaucoup des fonds numérisés sont aujourd'hui stockés sur des fonds relativement fragiles (DVD, disques durs) et au fonctionnement dit "catastrophiques" (un jour ça marche, le lendemain ça ne marche plus) ; à l'inverse les supports analogiques connaissent des dégradations lentes, donc visibles, qui peuvent laisser une chance à la sauvegarde.
Il y aurait plein de bémols à mettre à ce que j'écris là, mais il s'agissait ici d'attirer simplement l'attention.
Sur le deuxième point :
Je ne crois pas avoir parlé de ce qui n'était pas sur Internet, mais de ce qui n'était pas numérisé. Je parle ici de quelque chose qui est malheureusement constaté pratiquement dans de nombreux fonds : une partie seulement est numérisé, et la première étape d'un chantier de numérisation est celui du tri de ce qui sera traité et de ce qui ne le sera pas. Dans la majorité des cas, ce qui ne correspond pas aux critères, forcément liés à un temps donné, à des moyens du moment, etc., sera abandonné. Et quand bien même ce ne serait pas le cas, l'accès en sera devenu tellement complexe et coûteux que cela "disparaîtra", perdra toute visibilité. D'où une question majeure : quels sont les critères ? C'est vrai que c'est une problématique ancienne, mais les chantiers de numérisation l'activent avec une brutalité sans doute inédite.
Sur le troisième point, là encore je parlais plus généralement de numérisation, et pas seulement de mise en ligne. La numérisation est d'une certaine façon une "virtualisation", et le traitement documentaire en devient plus crucial qu'auparavant, à mon sens. Tant qu'il y a un objet physique, il peut y avoir accès au contenu sans traitement. Lorsqu'il n'y a plus de support, plus d'objet, l'accès au contenu passe nécessairement par l'index - au sens informatique du terme. Juste une image, pour l'analogie : on ne feuillette pas un fichier numérique.
Sur le quatrième point :
Non, non, je ne parlais pas seulement du "sampling" et autres pratiques comparables, mais aussi, et là encore, du caractère indispensable du traitement documentaire, pour recréer du contexte autour du fragment - sous peine de perte de sens.
C'est à propos d'un cinquième point que j'évoquais la question des pratiques nouvelles qui naissent sur les réseaux, point que j'avais si ma mémoire est bonne appelé "la circulation". Il me semble que ce qui se passe est une nouvelle circulation des images (et ce n'est d'ailleurs pas spécifique à l'image), qui est de plus en plus produite par tous, et diffusée, copiée, transformée, par tous et partout. Ce que certains ont baptisé "désintermédiation".
Ce qui nous conduit, en effet, à la brève conclusion sur le rôle du médiateur.
J'ai forcément été trop rapide lors de cette table ronde (bien que j'ai eu l'impression de prendre plus de temps que ce que l'on m'avait alloué), et je le suis encore dans ce message.
Il y aurait beaucoup d'autres choses à dire - par exemple, sur les implications juridiques de tout cela ; ou sur les moyens à mettre en oeuvre pour identifier, conserver, traiter les images qui circulent ici et là, et qui n'ont plus comme autrefois d'auteurs, ni de producteurs, ni de centres en charge de leur conservation. Etc Etc. Je n'ai pas eu le temps encore d'aller découvrir votre blog, mais j'ai l'impression que vous fouillez vous aussi dans ces directions.
Bien cordialement,
Jean-Yves de Lépinay
Ecrit par : Jean-Yves de Lépinay | 15.02.2009

